Résolution de l’ONU sur le Mali : satisfaction des signataires de l’accord, scepticisme de la société civile

09.09.17

Issa Fakaba Sissoko, à Bamako
Le chef de la Mission de l'ONU au Mali, Mahamat Saleh Annadif rend hommage au Casque bleu togolais tué à Mopti (centre du Mali) le 14 août 2017 Le chef de la Mission de l'ONU au Mali, Mahamat Saleh Annadif rend hommage au Casque bleu togolais tué à Mopti (centre du Mali) le 14 août 2017 Photo ONU

Alors que les parties signataires saluent les nouveaux efforts de l’ONU visant à sauver le processus de paix au Mali, les observateurs neutres se montrent sceptiques pour leur part. Mardi 5 septembre, le Conseil de sécurité a adopté un régime de sanctions contre ceux qui constitueront des obstacles à la mise en œuvre de « l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali ». La société civile malienne craint cependant que ce ne soit qu’un texte de plus.

Parmi les signataires de cet accord obtenu il y a plus de deux ans au terme de longues négociations à Alger, figure le gouvernement malien. Pour Bamako, qui avait demandé ce régime de sanctions, face à l’enlisement de ce processus censé ramener la paix dans le septentrion, cette résolution votée à l’unanimité constitue une étape importante. « Le Mali salue l’adoption de cette résolution et le rôle actif de la France lors du processus de négociations et d’adoption du texte », s’est félicité le chef de la diplomatie malienne, Abdoulaye Diop.

Demandé par le gouvernement malien au mois d’août dernier, ce régime de sanctions se veut « dissuasif ». Il vise à contrer les nombreuses entraves à la mise en œuvre de l’accord d’Alger signé en mai et juin 2015 entre Bamako et les groupes armés qui se disputent le contrôle du Nord du Mali. La demande a été faite par le Bamako après les violents affrontements qui ont opposé des combattants de la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) et ceux de la « Plateforme » en juillet dernier dans la région de Kidal. La CMA est une rébellion hétéroclite à majorité touareg tandis que la Plateforme regroupe des mouvements proches du gouvernement malien. CMA et Plateforme qui, depuis deux ans, s’accusent mutuellement de provocations meurtrières, sont également signataires de l’accord d’Alger.

« Une bonne nouvelle »

La nouvelle résolution, dont le texte avait été proposé par le France, prévoit la possibilité d'interdictions de voyages et de gels d'avoirs pour les entités ou individus empêchant la mise en œuvre de l’accord d’Alger. Les contrevenants seraient nommément visés par des sanctions en cas de violations du cessez-le-feu, d'obstruction à la mise en œuvre de l'accord de paix, d'attaques contre les forces armées maliennes ou les Casques bleus, de violations des droits de l'Homme ou d'obstruction à l'acheminement d'aide humanitaire.

 « Nous avons toujours demandé qu’il y ait des sanctions contre ceux qui violent le cessez-le-feu, que les responsabilités soient situées, notamment par rapport à la violation des droits humains. Ça n’a jamais été fait. Si c’est fait maintenant, c’est une bonne nouvelle pour le processus », a réagi Almou Ag Mohamed, porte-parole de la CMA. Même satisfaction de la part de la Plateforme. « Tout ce qui va dans le sens de l’exécution correcte des dispositions de l’accord et favoriser le retour de la paix, est bien venu », a déclaré le député Azaz Ag Loudag Dag, l’un des responsables de la Plateforme. « Nous sommes donc contents d’apprendre l’adoption de cette résolution. Ce texte doit garantir l’effectivité du cessez-le-feu, donc l’accélération du processus, qui doit permettre le retour de l’administration à Kidal et des refugiés maliens », a ajouté le parlementaire.

« Il y a des entités qui ne craignent pas ces sanctions »

Pour sa part, la société civile ne s’emballe pas, se montre même sceptique. S’il faut, selon le président du Mouvement des jeunes de Gao, Moussa Bouréhima Yoro, saluer ce régime se sanctions, il importe tout autant que son « application soit sincère et en respectant l’équité entre les parties ». Ce jeune militant de la société civile lance donc la balle dans le camp des troupes internationales chargées d’aider à la mise en œuvre de l’accord de paix.

Pour sa part, Baba Moulaye, président des Organisations de la société civile de Tombouctou, attend de juger les signataires à leurs actes.

Ibrahim Maïga, chercheur à l’Institut d’Etudes de Sécurité (ISS) est plus sceptique. « Il y a des individus ou des entités qui ne craignent pas ce type de sanctions », fait-il remarquer, rappelant que beaucoup d’entre eux ne disposent pas de comptes bancaires, ni au Mali ni à l’étranger, pas plus qu’ils n’envisagent de se déplacer hors des frontières nationales. En clair, selon le chercheur, si le texte est dissuasif, il ne constitue pas une réelle pression sur les principaux groupes signataires de l’accord de paix.

Trêve renouvelée

Le Conseil de sécurité de l’ONU a voté sa résolution alors qu’expirait le lendemain une trêve de 15 jours, qui avait été décidée conjointement par la CMA et la Plateforme le 23 août dernier. La trêve vient d’être reconduite pour une durée de 30 jours. « Notre décision fait foi de notre engagement à tout mettre en œuvre pour créer un climat propice à la mise en œuvre intégrale de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale au Mali, issu du processus d’Alger », ont assuré les deux parties, dans le communiqué conjoint annonçant le renouvellement de la trêve. Cette fois-ci est-elle la bonne ?

 

 

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